L'illusion

Selon l'université Laval, les membres du collectif de minuit contreviennent au règlement qui interdit «d'utiliser, sans autorisation, les biens de l'Université, un lieu universitaire ou les services de l'Université à d'autres fins que celles pour lesquelles ils sont destinés". Mais, pour qu'un détournement soit possible, ne doit-il pas y avoir, quelque part, un inventaire de tous les biens de l'universités ainsi que des fins exactes auxquelles elles sont destinées? Ce document, fort volumineux, devrait ainsi comporter les détails nécessaires permettant aux agents de sécurité de juger du dit détournement n'est-ce pas?

Fort de cette réflexion, les membres de l'exécutif de l'AÉSS ont cherché à mettre la main sur le fameux documents en exigeant de l'université une description exacte des fins auxquelles elle destine les chaises, le plancher et les tables de la cafétéria du pavillon De Koninck. Le temps passa et deux mois plus tard la missive suivante est envoyée à l'association étudiante: « Pour faire suite à votre lettre du 29 novembre dernier et compte tenu des plaintes présentement déposées au Comité de discipline compétent, il ne m’appraît pas approprié de me prononcer sur l’interprétation d’un article du Règlement disciplinaire ».

Mais comment? Devrions-nous comprendre la chose suivante: puisque des étudiant-e-s sont poursuivi-e-s sous un règlement, ce dernier ne peut être expliqué? Logique tordue s'il en est une dans une société où "nul n'est sensé ignorer la loi". L'heure est grave! En effet, comment savoir si je ne risque pas le comité de discipline en jouant à la marelle sur le plancher du De Koninck? Ne portant jamais de montre, j'ai l'habitude d'utiliser les téléphones publiques pour pallier à mon manque de modernité. Est-ce un crime, car c'est un détournement n'est-ce pas? Que de questions et si peu de réponses. Je nage en plein système légal parallèle et j'y perd tous mes repères! Dans ce monde unique, la direction de l'Université Laval règne en maître absolue sur notre sort et tout faux pas risque d'être puni sévèrement. Mais comment savoir où se trouvent les limites, comment connaître nos droits dans un tel labyrinthe? En cherchant à tâtons dans le noir tout simplement! Et si les murs semblent bouger, rappeler vous que ce n'est qu'une illusion!

Iseult Séguin Aubé